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Gian Paolo Borghetti (1816-1897)

La Corse et ses détracteurs.

Ollagnier, Bastia, 1870

 


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La Corse et ses détracteurs (Ollagnier, Bastia, 1870) commence par une « dédicace » qui indique clairement que Gian Paolo Borghetti reste toujours un poète, même quand il écrit de la politique. Il expose les gloires passées de sa Corse bien-aimée, gloires qui sont toujours venues du désir de la liberté, tandis que la misère de Corse a toujours été la faute de ceux qui ont tenté de l'asservir.

Il commence le texte principal en citant dans son intégralité la première tranche de son « Étude sur la Corse », publiée dans L'Aigle Corse trois ans plus tôt. En prose oratoire, il décrit l'attachement de la Corse à la révolution et la France républicaine comme l'aboutissement logique de la lutte immémoriale de l'île pour la liberté, et compare ce noble geste des « immortels constituants de 89 » avec les attitudes injustes et volontairement ignorantes de tant de fonctionnaires, administrateurs et journalistes en son temps. Le livre se poursuit par une longue réfutation de certaines déclarations négatives au sujet de la Corse, faites par l'avocat Vincent-Marie Farinole, que Borghetti considère comme « insultantes », et se termine par une critique sérieuse de la façon dont le gouvernement français a traité les Corses. Les affirmations « insultantes » qui avaient agacé Borghetti suffisamment pour l'inciter à écrire ce livre ont été faites par Farinole dans une lettre à Paschal Grousset, qui les a ensuite publiées, et la lettre en question n'était autre que la missive bien connue qui a incité Grousset à envoyer ses temoins au Prince Pierre-Napoléon Bonaparte, une action qui a entraîné la mort de Victor Noir et un scandale qui a gravement affaibli le gouvernement de l'oncle de Pierre-Napoléon, Napoléon III. Borghetti ne se préoccupe pas de tout cela, cependant, le livre ne traite que les parties de la lettre qui concernent la Corse.

Même si c'est loin d'être un chef-d'œuvre littéraire, La Corse et ses détracteurs illustre plus que suffisamment les compétences impressionnantes en écriture de Borghetti. Ses phrases fluides sont bien équilibrées et magnifiquement construites, et tapent généralement dans le mille en des termes on ne peut plus clairs. Vu comme un exercice en éloquence politique, ce livre est remarquable, d'autant plus que le français n'est pas la langue maternelle de Borghetti.

Le livre nous apprend beaucoup sur les idées politiques de son auteur à l'époque. Alors que pendant la plupart de sa vie, il voit la Corse comme appartenant logiquement et culturellement à l'Italie, et son avenir comme faisant partie d'une hypothétique "République fédérale d'Italie", en 1870 il écrit avec approbation du décret du 30 Novembre 1789 par laquelle l'Assemblée Nationale a déclaré la Corse comme une partie intégrante de la France. Il joue une partie difficile en soutenant la thèse qu'on peut être Corse et attaché à la France sans être pour autant bonapartiste et qu'en aucun cas ses compatriotes ne doivent être considérés comme responsables des "malheurs" que les Bonaparte ont pu engendrer.

Dans les dernières années du Second Empire, Napoléon III fait quelques tentatives de dernière minute assez réussies pour transformer son régime de plus en plus affaiblissant en une démocratie parlementaire. Quand il organise un référendum sur les réformes proposées, l'opinion dans le camp républicain est divisé sur la façon de réagir : les libéraux plus à droite qui se contentent des réformes proposées votent pour, tandis que les radicaux qui n'accepteront rien de moins qu'une République votent contre, et un groupe plus modéré s'abstient. Dans ce livre Borghetti montre clairement qu'il est un « Républicain modéré ». Les personnes contre lesquelles il fulmine si fortement dans ses pages appartiennent toutes au groupe des radicaux qui vont voter « non », dont beaucoup vont bientôt jouer un rôle dans la Commune de Paris. A en juger par ce livre, il est raisonnable de supposer que Borghetti n'a pas voté contre les réformes proposées. Son principal souci n'est ni avec les principes politiques abstraits, ni avec les partis politiques et les différentes étiquettes sous lesquelles on choisit de fonctionner, mais avec le bien-être pratique de son île bien-aimée. Mais en plus d'être un patriote corse et un républicain, Borghetti est aussi un chrétien, et l'un de ses principaux griefs contre Grousset, Farinole et le reste des républicains les plus radicaux, semble être leur manque de respect pour les sentiments religieux des Corses.

Borghetti n'a pas mâché ses mots et il n'a pas épargné ses adversaires politiques, mais il a dit exactement ce qu'il pensait sans trop se soucier des conséquences. Et il y eut des conséquences sans aucun doute, une décennie ou deux plus tard, lorsque certaines des personnes qu'il a critiquées si impitoyablement ici sont arrivées à des postes d'influence. La Corse et ses détracteurs est un parfait exemple de l'honnêteté et du style direct et peu diplomatique de Borghetti. C'est ce style qui a inspiré du respect à ses lecteurs, mais c'est également ce qui l'a rendu si impopulaire avec les autorités vers la fin de sa vie.
Brian Burns


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